10 ans depuis la CVR

L’année 2025 : un jalon important 

L’année 2025 marque un moment significatif dans les luttes des peuples autochtones. Dix ans se sont écoulés depuis que les commissaires de la Commission de vérité et réconciliation (CVR) ont déposé leurs rapports finaux. Ces derniers rassemblent plus d’une dizaine de documents : un rapport final en plusieurs volumes, un sommaire de 594 pages ainsi que divers textes portant sur les appels à l’action, les principes de la réconciliation, l’histoire des pensionnats, les sépultures non marquées, les séquelles laissées par ces institutions et la mémoire des enfants disparus. 

 Mise en contexte 

La CVR avait pour mandat de faire la lumière sur ce qui s’était réellement passé dans les pensionnats indiens et « d’orienter et d’inspirer un processus de témoignage et de guérison » (CVR, 2015 :27). Rappelons que ces pensionnats, actifs un peu partout au pays de 1880 à 1996, visaient l’assimilation des Premiers Peuples. Le dernier a fermé ses portes en Saskatchewan en 1996. 

Unique au Canada, la CVR a recueilli plus de 6 000 témoignages au cours de sept événements nationaux, dont ceux de nombreux survivant.es. Pendant six ans, elle a parcouru le pays pour entendre ces récits (CVR, 2015). La Commission, présidée par l’honorable juge Murray Sinclair, le chef Wilton Littlechild et Marie Wilson, a mobilisé plus de 155 000 personnes lors de ses grands rassemblements (CVR, 2015). 

Le gouvernement fédéral n’est pas lié directement aux recommandations produites par la CVR, puisque la Commission était indépendante (Roussel, 2015). 

Conclusions et réconciliation 

Les travaux de la CVR ont mis en cause plusieurs institutions, notamment le gouvernement fédéral, responsable de la Loi sur les Indiens et des politiques d’assimilation. La Commission a conclu que les pensionnats constituaient un génocide culturel envers les Premiers Peuples, qui est devenu l’une des affirmations les plus marquantes de ses rapports (Roussel, 2015). Cette reconnaissance a constitué un moment charnière dans l’histoire canadienne. 

L’utilisation de ce terme suscite toutefois la controverse. Alors que certain.es s’opposent à l’emploi du mot « génocide », d’autres soutiennent qu’il est insuffisant pour décrire l’ampleur des souffrances infligées aux peuples autochtones (Moran, 2020). 

En 2016, lors d’une conférence à Montréal, le philosophe Kahnawà:ke Taiaiake Alfred soulignait que « tant que le colonialisme persistera structurellement, se réconcilier avec la société canadienne reviendra, pour les peuples autochtones, à se réconcilier avec le colonialisme » (Roussel, 2015 :36). La CVR exprimait une vision similaire : « La réconciliation n’est pas un problème autochtone, c’est un problème canadien. Tous les aspects de la société canadienne pourraient devoir être réexaminés » (CVR, 2015 : viii). 

Par ailleurs, de nombreux auteurs rappellent que la réconciliation n’a pas toujours de sens dans les langues autochtones. Comme le souligne Corntassel (2012 :93), « le fait que la plupart des Nations autochtones n’aient pas de mot pour désigner la réconciliation est sans doute le signe le plus clair de son manque de pertinence pour les communautés » [Notre traduction]. 

Un sujet toujours sensible 

La CVR reconnaît que la réalité des pensionnats et du génocide canadien est difficile à concevoir (CVR, 2015). Le Canada, souvent perçu à l’international comme un pays ouvert et accueillant, doit pourtant confronter cette histoire : des enfants y ont subi des sévices physiques et sexuels, et sont morts dans ces institutions à des taux qui auraient été jugés intolérables dans tout autre système scolaire (CVR, 2015 : viii). 

Cette vérité est dérangeante, mais il est essentiel de dépasser l’inconfort, en s’informant, en discutant ou en s’engageant, afin de « rejeter les fondements paternalistes et racistes du système des pensionnats » (CVR, 2015 : viii). 

 Conclusion 

Pour un bilan après dix ans, vous pouvez écouter le témoignage de Michèle Audette, sénatrice innue, à partir de 3 :25 dans cette vidéo :

Et vous, quelles actions pourriez-vous poser dès aujourd’hui pour soutenir les appels à l’action de la CVR? 

Pour aller plus loin 

Un des mandats de la CVR était de créer un centre de recherche national permettant de préserver l’entièreté des travaux de la CVR et des témoignages reçus. Ce site d’archivage, hébergé par l’Université du Manitoba, est intitulé le Centre national pour la vérité et la réconciliation (CNVR) et il est « responsable de poursuivre la démarche de vérité et réconciliation, particulièrement en ce qui a trait à l’éducation publique, à la recherche et à l’accès à la collection » (Moran, 2020). Si vous souhaitez explorer les documents, c’est ici que c’est possible grâce au CNVR. 

 

  • CBC News a créé la page Beyond 94 qui fait la recension des appels à l’action non commencé, entamé et terminé au Canada. Vous pouvez la consulter si vous souhaitez avoir un portrait visuel de ce qui est fait au Canada à ce jour. 
  • Membres UTAPI : pour plus de détails sur le génocide canadien, nous vous invitons à consulter cet outil publié sur la Plateforme UTAPI. 

 Références  

  • Corntassel, J. (2012), «Re-envisioning Resurgence. Indigenous Pathways to Decolonization and Sustainable Self-determination», Decolonization: Indigeneity, Education & Society, 1, p. 86-101. 
  • Roussel, Jean-François. 2015. « La Commission de vérité et réconciliation du Canada sur les pensionnats autochtones : bilan et prospective ». Théologiques 23(2) : 31-58. https ://doi. org/10.7202/1042742ar. 

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