Rafle des années 60
Rafle des années 60 (Sixties Scoop) : que savez-vous?
L’expression Rafle des années 60, ou rafle des enfants autochtones (Sixties Scoop en anglais) provient du fait que des milliers d’enfants autochtones ont été enlevés de leur famille contre leur gré et placés dans des familles non autochtones (au Canada, aux États-Unis et à l’international) dans les années 1960 à 1990. La rafle des années 60 prendra place en même temps qu’une partie de la période des pensionnats.
Avant de poursuivre, nous vous invitons à réfléchir aux questions suivantes:
- Est-ce que vous aviez déjà entendu parler de la rafle des années 60 ou du Sixties Scoop ?
- Dans quel contexte en aviez-vous déjà entendu parler, si c’est le cas ? (À l’école, dans les médias, dans un livre…)
- Quels impacts vous pensez que ces enlèvements ont créés dans la conscience collective?
Lorsque les pensionnats commencent à fermer au pays, à partir des années 1970, le gouvernement doit trouver une autre façon de « s’occuper » des enfants autochtones. À ce moment, ce sont les provinces et les territoires qui deviennent responsables d’administrer la protection de l’enfance des jeunes autochtones. Une option privilégiée, à l’époque, est alors de les transférer dans des familles d’accueil blanches ou de les faire adopter dans des familles blanches au Canada et ailleurs. Ainsi, chaque province et territoire a à l’époque opéré cette administration de manière différente. Un point commun demeure : les gouvernements territoriaux et provinciaux considèrent que l’option la plus rapide et simple pour résoudre « les problèmes associés au bien-être de ces enfants » (Sinclair et Dainard, 2024) est de les retirer de leur milieu. À cette époque, les communautés autochtones souffrent de plusieurs décennies d’impacts de la Loi sur les Indiens; les ressources sont extrêmement limitées et les programmes d’aide sont inexistants. Le gouvernement fédéral ne proposera pas le financement adéquat pour s’occuper de ces enjeux et offrir les ressources nécessaires aux communautés; les provinces et territoires préfèreront alors extraire les enfants (Sinclair et Dainard, 2024).
« Les enfants autochtones ne représentent qu’un pour cent des enfants pris en charge par les services de protection de l’enfance dans les années 1950 au niveau national, mais à la fin des années 1960, ils en constituent le tiers. » (Sinclair et Dainard 2024)
L’objectif est semblable à celui poursuivi par les pensionnats : assimiler les enfants autochtones à la société dominante. Cependant, la manière de faire relevait d’un programme différent puisqu’il n’impliquait pas directement le gouvernement fédéral dans l’application d’une certaine manière de faire comme c’était le cas avec les pensionnats : « les pensionnats indiens étaient le résultat d’une politique unique créée par le ministère des Affaires indiennes et mise en œuvre par le gouvernement fédéral. La rafle des années 60 a été menée au niveau provincial, principalement au niveau municipal, car chaque juridiction municipale avait des règles différentes concernant les réserves voisines » (Valiquette, 2019 : 26). Il est possible d’affirmer que la protection de la jeunesse de l’époque est la continuité des pensionnats (Southern Chiefs’ Organization Inc, s.d.).
« Plus de 20 000 enfants autochtones ont été adoptés entre 1960 et 1990 » (Décoloniser l’histoire, 2023). Il est important de noter que la rafle des années 60 touche à la fois les enfants des Premières Nations que les enfants Métis et Inuit. À l’époque, des enfants non Autochtones seront aussi placés en adoption contre le gré des familles. Dans le cas d’enfants autochtones, l’isolement de la culture, la barrière linguistique et le choc culturel sont des impacts majeurs sur le bien-être des enfants et des communautés et se font ressentir encore à ce jour : « cette séparation physique et émotionnelle des enfants continue aujourd’hui à se faire ressentir sur les adoptés devenus adultes et sur les communautés autochtones » (Sinclair et Dainard, 2024). La perte d’identité culturelle est très grande, surtout en considérant que puisque les certificats de naissance ne pouvaient être consultés dans le consentement des parents, bon nombre d’enfants « n’ont appris leur véritable origine que tard dans leur vie, ce qui a provoqué chez eux des sentiments de frustration et de détresse » (Sinclair et Dainard, 2024).
Des recours collectifs ont été intentés contre les provinces de l’Ontario, de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba, menant à des excuses de la part de ces deux dernières. Le gouvernement canadien a lui aussi présenté des excuses en 2018 aux survivant.es.
En 1990, le gouvernement fédéral crée le Programme des services à l’enfance et à la famille des Premières Nations qui permet à celles-ci d’avoir un peu plus de pouvoir sur l’administration de la protection de l’enfance. Cependant, les enfants autochtones demeureront surreprésentés dans le système de la protection de la jeunesse au pays. Pour plus de détails sur le fonctionnement de celui-ci et les causes qui expliquent cette surreprésentation, nous vous invitons à consulter le module (TITRE) disponible pour les membres de la Plateforme UTAPI.
Pour aller plus loin
- Afin d’aller plus loin sur le sujet, nous vous suggérons l’écoute de la Capsule Décoloniser l’histoire, la rafle des enfants autochtones au Québec (12 minutes).
- Nous vous suggérons aussi d’écouter la saison 2 de l’émission radiophonique Enquête (Chemin de Croix; disponible sur Ohdio de Radio-Canada) qui aborde la rafle des années 60. À travers 8 épisodes d’environ 20 minutes, vous suivrez la journaliste Anne Panasuk dans la quête de vérité entourant la disparition d’enfants dans des communautés innu.
- Résumé du premier épisode : « Au début des années 70, neuf enfants d’une toute petite communauté de la Basse-Côte-Nord, Pakuashipi, ont disparu. « Dans une communauté d’alors 80 personnes, [c’était] une véritable saignée », souligne la journaliste Anne Panasuk. Contactée par des membres de la famille de ces enfants disparus, elle se lance dans une quête pour savoir ce qui leur est arrivé. »
- Un livre a aussi été écrit par la journaliste pour approfondir les éléments présentés dans Enquête : Auassat ; à la recherche des enfants disparus.
- Page web What is the Sixties Scoop?, par Southern Chiefs’ Organization Inc.
- Détails sur la rafle des années 60, carte interactive et détails sur des initiatives existantes pour les survivants et survivantes.
Références
- Gouvernement du Québec (2021) Rapport de la commission spéciale sur les droits des enfants et de la protection de la jeunesse.
- Hayward, A, (2020) In their own words: an interactive map shares the stories of Sixties Scoop survivors
- Sinclair, N., & Dainard, S. (2024). Rafle des années soixante. Dans l’Encyclopédie Canadienne. Repéré à https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/sixties-scoop
- Southern Chiefs’ Organization Inc (s.d.). What is the Sixties Scoop?
- Valiquette, S. (2019) The Sixties Scoop, Historical Trauma, and Changing the Current Landscape About Indigenous People [Mémoire de maitrise, University of Windsor]
